Votre panier est vide.
Les enseignants n’accueillent pas à bras ouverts les enfants handicapés. La Société pédagogique vaudoise (SPV) refuse d’entrer en matière sur l’avant-projet de loi sur la pédagogie spécialisée, qui vise à intégrer plus d’élèves différents dans les classes régulières.
Les deux autres syndicats d’enseignants sont aussi sceptiques. Tant parmi les politiques que les partenaires, des craintes se manifestent en effet sur la mise en œuvre de ce projet de société, par ailleurs globalement bien accepté, assure les services de la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon. Mais la position de la SPV est très sévère. Explications de son président, Jacques Daniélou.
Pourquoi dites-vous non à ce projet d’intégration?
Nous ne sommes absolument pas contre l’accueil du maximum d’enfants handicapés dans les classes régulières. Mais comment? Alors qu’aucun texte ne régit la pratique, cette intégration a déjà commencé. Pourtant, les aides qu’on reçoit, c’est souvent presque du bidon. On nous propose des formations rapides, mais ce n’est pas comme ça que cela doit se passer.
Qu’est-ce qui ne va pas?
Aujourd’hui, on dit à un enseignant qu’on va lui mettre un élève dyspraxique dans sa classe. Il va sur Google et tape «dyspraxie» pour apprendre qu’il s’agit de troubles neuronaux. Ensuite, il consacre du temps à cet enfant, ce qui réduit son temps pour les autres et le met dans des conflits de loyauté terribles. Alors il demande l’aide d’un maître spécialisé. Le problème, vu la pénurie, c’est que ce dernier est plus ou moins formé. Au point que certains collègues le considèrent comme un élève supplémentaire. En plus, il faut faire des colloques, avec lui, avec les parents. C’est une tâche surajoutée intenable.
La loi vise à régler la pratique. Les enseignants ne sont-ils pas simplement réfractaires au changement?
Non. En ce moment, ils sont épuisés, par le débat interminable sur l’école, par le fait que les relations avec les familles sont de plus en plus tendues. Ceux qui font des burnout sont pourtant volontaires. Ils s’investissent pour ces enfants, et craquent.
Que manque-t-il au texte?
Il manque une définition claire de ce qu’on attend d’un enseignant. Est-ce obligatoire d’accueillir un enfant trisomique? Personne ne le dit. Il manque une volonté partagée et une réelle vision. Il manque une école vaudoise ouverte à tous et en tout temps. On va mettre le paquet sur ces enfants, et il faut le faire. Mais faisons-le pour tous les élèves. Comment va-t-on évaluer leur travail? Il est prévu d’adapter les objectifs, et c’est normal. Mais il y a plein d’autres élèves que l’école met en difficulté, notamment pour des raisons culturelles. Le but est-il, par exemple, que les enfants en situation de handicap mental soient orientés en VSO?
Que voulez-vous?
Faisons un arrêt sur image, cessons de nous voiler la face et de présenter l’arrivée des enfants différents dans les classes comme un monde magique. C’est parce que nous croyons à cette intégration que nous ne voulons pas que tout se casse la figure avec des enseignants qui craquent. Je veux un cahier des charges de l’enseignant. Je veux qu’il y ait des heures consacrées à cela et que le nombre d’élèves d’une classe tienne compte de la présence des enfants différents. A ce moment-là, j’irai la tête haute devant les collègues. A moins qu’ils ne soient opposés sur le fond. Dans ce cas, il faudra le dire clairement.
Sur le fond, pensez-vous que les enseignants sont prêts à intégrer?
Aujourd’hui, je n’en suis pas certain. Le corps enseignant est plutôt dans la classification. On voit des maîtres d’enfantine dire à un collègue: «Ne te fatigue pas avec Jérémie. Il ira en VSO.» Et c’est parfois le même qui se positionne en faveur de l’intégration des enfants handicapés. Nous avons un problème de culture à changer. Le jour où nous aurons une école inclusive, pas une école qui divise, l’accueil des enfants handicapés sera naturel.