L'entourage

Mathis (8ans):

« Je ne sais pas écrire, je sais lire. J’ai un ordinateur qui me sert à travailler.

J’ai une AVS qui m’aide à l’école et je trouve ça très bien.

Je suis en CE2, ça se passe très bien, les maths sont difficiles, j’aime bien le français, l’anglais, la science, la géographie, l’histoire, la musique (surtout les djembés de la maîtresse), le théâtre et les dictées.

J’aime jouer « au théâtre », me déguiser à la maison et travailler avec maman.

J’aime bien travailler sur les exercices avec l’ordinateur parce qu’avant c’était nul de dicter aux autres.

Mais j’ai envie d’écrire avec un stylo et d’avoir des cahiers comme les autres.

Ma petite sœur est gentille et jolie, elle m’aide à écrire ce que je veux dire à maman par exemple, et à fermer mon manteau.

J’aime pas la purée et le jambon, j’aime la ratatouille. »

Sa soeur Sasha (5 ans) :

« Mathis a un peu de difficultés pour faire ses maths et il n’arrive pas bien à écrire. Tout le monde l’aide beaucoup et je l’aide beaucoup. Je trouve qu’il fait bien les bonshommes et les arbres. C’est le frère qui me fait le plus rigoler. Il chante très bien et joue du djembé très bien. »

Son ergothérapeute :

« J’accompagne Mathis en ergothérapie depuis la grande section de maternelle. Notre premier objectif a été de pallier à un graphisme quasi inexistant en mettant en place l’outil informatique. Cet apprentissage a commencé très tôt afin de préparer l’entrée au CP. L’emplacement des touches a été appris à l’aide de la méthode dite « du clavier caché ».

Au CP, ma prise en charge est devenue plus concrète, en étroite collaboration avec l’institutrice. Je suis intervenue au sein de la classe afin d’intégrer au mieux Mathis avec son ordinateur. Le logiciel « Cahiécran » a été mis en place et utilisé à cette époque (puis il trouve ses limites). Il a permis à Mathis de travailler sur son fichier de lecture et de mathématiques comme les autres enfants de sa classe.

Actuellement, Mathis continue d’utiliser l’ordinateur quotidiennement. Cependant cette utilisation n’est possible que grâce à la mise à disposition des fiches de travail, sur son ordinateur, adaptées par la mère de Mathis. Ces adaptations ainsi que le travail de l’institutrice et de l’avs, lui permettent d’avancer dans ses apprentissages et de ne plus être en décalage avec le travail fait en classe. »

Son Orthophoniste :

« Mathis est arrivé à mon cabinet alors qu’il avait à peine 4 ans. Ce petit bonhomme, qui devait bien se demander ce qu’il faisait chez moi, s’est alors mis à me démontrer toute l’énergie dont il était capable. Bien sûr, il y avait cette concentration qui n’en faisait qu’à sa tête et puis tous ces efforts pour capter la mienne. Moi, je voyais un enfant qui avait envie de tout mais qui ne savait pas comment s’y prendre. Sa maladresse psychomotrice était éclipsée par un trouble phonologique très important. La rééducation orthophonique était évidente mais je voulais en savoir plus. La consultation chez un médecin spécialisée s’est avérée efficace puisque le diagnostic fut immédiat : Mathis était dyspraxique.

Nous savions que nous allions cheminer un petit moment ensemble (deux séances hebdomadaires puis une seule sur la fin de la prise en charge)- soit 3 ans 1/2. D’abord opposant, puis coopérant, Mathis fut de plus en plus intelligible. Cette amélioration progressive et certaine n’aurait pu se faire sans le soutien de la famille, qui a été très présente, sans les séances régulières de rééducation et surtout sans la persévérance de Mathis, qui, comprenant l’intérêt de l’orthophonie, s’y est investi. Mathis est entré dans le langage écrit finalement sans mon intervention mais plutôt avec les aménagements de son enseignante et l’apprentissage du clavier par une ergothérapeute. En cours de C.E.1, nous avons arrêté la prise en charge et ce sont des séances logico-mathématiques qui ont pris le relais avec l’une de mes consoeurs. »

Son aide scolaire à domicile :

« L’introduction de l’outil informatique pour le travail scolaire a révolutionné l’apprentissage pour Mathis.

En effet, jusqu’alors, pour le faire travailler, on faisait appel à sa mémoire auditive. Bien entendu, tout était plus difficile à gérer et surtout plus lent car cet enfant n’avait qu’un seul moyen de retranscrire ses connaissances qui était de dicter à un adulte. Il est évident qu’avec cette méthode orale les problèmes de concentration étaient accentués. On s’est rendu compte que ce petit garçon avait beaucoup de vocabulaire et une bonne expression orale mais que le niveau de son expression écrite ne suivait pas.

Grace à l’adaptation du travail scolaire sur l’outil informatique, Mathis a bien sur gagné en autonomie, en rapidité, en concentration et peut enfin travailler de façon « active » et « concrète ». Le bénéfice purement scolaire est conséquent mais l’épanouissement de Mathis l’est tout aussi. Le côté ludique des exercices sur ordinateur, c’est à dire la mise en page , les couleurs, les cases à cocher par exemple, fait qu’il rechigne beaucoup moins à travailler et se fatigue moins également. Comme l’ordinateur lui permet de canaliser son attention et de progresser plus vite, cet enfant est moins en décalage par rapport à ses camarades de classe. Il peut alors suivre un rythme de travail plus soutenu, se rend d’avantage compte de ses progrès et du travail qu’il a accompli. Enfin, je pense que l’organisation du travail sur l’ordinateur (fenêtre, dossier…) lui donne des repères et le rassure, cette méthode l’aide à « gommer» le côté brouillon de sa dyspraxie. L’ordinateur mais surtout l’adaptation du travail sur ce dernier donne à Mathis une vraie possibilité de « se nourrir » scolairement et de me montrer enfin de quoi il est capable. »

Sa cousine de 17 ans :

"Le 26 septembre 2000, le petit garçon qu’on attendait tant arrive enfin. Mathis est surement le petit bonhomme le plus attachant en ce monde, des yeux d’une couleur indéfinissable, un sourire d’arnaqueur, une bouche en cœur le tout délicatement orné de petites boucles blondes.

On ne se doutait pas encore de cette dyspraxie. Diagnostic posé très tôt . Mathis s‘est assis tard, a parlé tard, a marché tard et est encore en retard dans bien d’autres domaines. Au début cela était dur pour tout le monde, dur en ce sens que c’est un handicap dur à cerner et à comprendre, surtout pour les autres enfants.

Pour ma part étant trop jeune à cette époque, j’ai eu des difficultés à comprendre et à apprendre le comportement adéquat que je devais avoir avec mon petit cousin. En effet, je lui ai maintes fois crié dessus sous prétexte qu’il démolissait exprès ce que je faisais ; ceci n’avait aucun effet sur lui puisqu’il recommençait. Mathis ne voulait certainement pas me faire de peine en démolissant ce que je faisais, seulement tenter de me dire de faire autre chose avec lui car premièrement il est envieux car son handicap lui interdit de réaliser la même chose et deuxièmement il ne sait pas s’occuper seul.

Avec les années, j’ai appris à lui expliquer sans crier, à lui montrer et tout va beaucoup mieux.

De plus, ce petit garçon a besoin d’un apprentissage permanent afin de progresser rapidement. C’est pourquoi, en vacances la plupart de notre programme est fait en fonction de lui. Ma sœur et moi avons inventé des centaines de jeux afin de le faire progresser sur telle ou telle aptitude. Nous avons eu, ou plutôt Mathis a eu la chance d’être un petit garçon toujours partant, courageux et désireux d’apprendre afin de ne plus être différent de ces camarades.

Les personnes qui ont le plus aidé Mathis selon moi sont, Isabelle sa maman qui m’étonnera toujours avec ses milliards d’idées pour faciliter la vie de tous les jours de son fils ainsi que les innombrables heures à le faire travailler et à lui préparer ses exercices. Notre mamie, ancienne institutrice, qui en plus d’être plus jolie, plus gentille et meilleure cuisinière que les mamies des contes de fées, consacrerait sa vie et son temps à ce petit bout. Un autre personnage, certes pas très grand mais très important, et qui l’a grandement aidé est sa petite sœur Sasha. Plus jeune de trois ans, elle aide constamment Mathis. Etant en avance, elle s’acharne à lui expliquer, à lui monter tout ce qu’elle apprend et sait, et le défendrait dans n’importe quelle situation.

Par ailleurs, ce qui a fait toute la différence scolairement est l’adaptation de ses cours sur l’ordinateur. En effet, l’ayant fait travailler avant et après, j’y passe maintenant 10 fois moins de temps, il est plus impliqué et donc plus concentré. Mathis peut enfin s’amuser le soir après l’école et le week-end. On ne crie plus, on ne s’énerve plus à essayer de lui faire faire quelque chose qu’il ne peut réaliser de toute manière. Tout cela attenue d’autant plus les différences qui séparent Mathis des autres enfants de son âge.

Nous avons tous connu des moments de découragement, se demandant si un jour il serait « comme tout le monde » ou encore de tristesse lorsque Mathis rentre de l’école en pleur en disant qu’il ne veut plus y aller puisque l’on se moque de lui. Et bien évidemment des moments d’euphorie lorsqu’une nouvelle étape est franchie.

De mon côté j’ai énormément confiance en ce petit garçon, qui me surprend un peu plus chaque jour et que je trouve finalement bien plus fort et plus mûr que les autres enfants de son âge."

Sa grand-mère maternelle :

« Malgré son handicap, ce petit garçon n’a jamais baissé les bras pour être « comme les autres ». Il a une grande volonté de réussir, un heureux caractère qui fait de lui l’enfant charmeur et souriant qui vous donne envie de vous surpasser pour l’aider. Il accepte volontiers toutes les rééducations mises en place sans jamais se plaindre même si on empiète sur ses moments de liberté.

Il adore la musique (il en écoute beaucoup) il chante parfaitement, aime les poésies qu’il récite en mettant bien le ton, les pièces de théâtre que sa mémoire fabuleuse lui permet de répéter sans mal.

Son sourire, sa joie de vivre sont nos plus belles récompenses ! Chaque jour est une victoire car les progrès sont constants. Il en est bien conscient et très fier ! »

Sa nounou depuis 2 ans :

« Mathis est un petit garçon complexe et surprenant qui a un caractère joyeux et une grande fibre artistique.

Je l’ai rencontré quand il avait 6 ans, il avait alors de grands problèmes de concentration et d’attention ayant besoin d’une aide importante pour toutes les tâches quotidiennes (s’habiller, manger, se laver…). Il était aussi très imprégné du monde des adultes sans doute à cause de ses difficultés de langage et du grand nombre de rééducations qu’il avait suivi jusqu’alors, il en devenait intrusif et n’était plus à sa place d’enfant. La moindre contrainte quotidienne comme mettre ses chaussons ou se laver les mains nécessitait de « parlementer » « négocier » avec lui afin de justifier la demande. En bref, pour ce petit garçon il était difficile de gérer son énergie, ses émotions, sa différence et ses souffrances.

Aujourd’hui, Mathis a 8 et demi, il est un enfant qui joue seul, réclamant même à s’isoler de temps en temps, se racontant des histoires et inventant des scénarii incroyables de réalisme et de drôlerie. Il est toujours aussi passionné par les conversations d’adultes (de par sa nature de grand curieux) mais a très bien compris qu’elle était sa place et s’en amuse d’ailleurs (alors qu’on le surprend en train d’écouter, il nous dit d’un air espiègle « je crois pas que ce sont tes affaires Mathis ! »). Il est à présent autonome à bien des niveaux : s’habille seul, mange correctement, range ses affaires… Il a aussi accompli de grands progrès de langage et a beaucoup de vocabulaire pour son âge.

Mathis a su surmonter énormément de difficultés pour être aujourd’hui ce qu’il est, c’est à dire un petit garçon épanoui tout à fait conscient de ses limites mais surtout de ses capacités. »

Une amie :

« Cet enfant est un petit garçon attachant, il adore participer à ce qu’on lui propose, toujours fier de ce qu’il fait et adore qu’on s’occupe de lui.

J’ai rencontré sa maman en septembre 2001 quand il avait un an et je n’ai constaté aucune différence avec les autres enfants, ni un soupçon de son handicap. J’ai moi-même un enfant et je pensais comme toutes les mères que « chacun évolue à son rythme ».

La maman de cet enfant m’a annoncé sa pathologie quand l’enfant était en maternelle. A partir de là, j’ai compris en la connaissant qu’elle allait se battre contre tous (nounou, école, les enfants différents de lui, etc..).

Aujourd’hui, grâce à l’investissement de sa famille et de leur amour pour lui, cet enfant a accompli d’énormes progrès et acquis beaucoup de connaissance depuis qu’il a sa méthode de travail sur l’ordinateur. Un jour, je l’ai observé en train de travailler avec le clavier de l’ordinateur et je me suis dite que ces enfants sont intelligents sauf qu’il faut les aider à se battre et leur donner les moyens adéquats pour acquérir les mêmes notions que les autres.

Avant, au téléphone, je lui faisais répéter plusieurs fois la phrase pour le comprendre aujourd’hui je n’ai aucune difficulté à le comprendre. »